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Publié le 13 Septembre 2015

J'ai vu un homme, de Owen Sheers

Grâce à la complicité de mes amis libraires, j’ai la chance de pouvoir lire les romans de la rentrée littéraire sans plonger dans un découvert bancaire abyssal !

Dernière découverte : l’auteur Owen Sheers, et ce roman “J’ai vu un homme” chez Rivages. Un coup de cœur. La lecture débute tranquillement, par la visite d’un homme dans une maison voisine où il a ses entrées. Mais de flash backs en moments présents le lecteur recompose la vie de cet homme, celle de ses voisins et amis chez qui il a pénétré, innocemment certes, mais sans prévenir. Et c’est la fatalité qui va bouleverser leurs vies à tous, sachant que celle du visiteur l’a déjà été par un deuil impossible à dépasser. Le responsable de ce deuil va lui aussi se trouver confronter à ses propres démons.

Voici donc le roman de l’effet papillon ; si on peut qualifier ainsi le tir d’un drone sur un terroriste. Les personnages sont attachants, les lieux dépaysants et étonnamment connus à la fois. L’étude psychologique de la prise de conscience au monde renvoie à nos propres questionnements. Que devons-nous faire, jusqu’où pouvons nous aller, comment cherchons-nous à nous cacher les conséquences de nos actes ?

Un intense et bon moment de lecture.

Hélène Camus, Combourg

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Publié le 13 Septembre 2015

Vous serez pris en otage volontaire !

Otages intimes ; le dernier roman de Jeanne Benameur. Une grande dame de la littérature contemporaine. Etienne, Jofranka et Enzo, les trois personnages de ce livre sont intensément présents, nous emmenant toujours plus avant dans l'analyse de ce monde en guerre perpétuelle, où les sentiments se télescopent, les faits les malmenant quotidiennement. Nous découvrons la force des mères qui protègent, accompagnent leurs enfants tout au long de leur vie, l'impuissance acceptée des amis à se connaître vraiment, le village de l'enfance centre originel où les douleurs et les peurs peuvent s'apaiser, se déciller. Il faut du temps à l'otage relâché pour se retrouver au monde, il en faut tout autant à ceux qui l'ont attendu, espéré, jour après jour pour l'apprivoiser, le reconnaître.

L'écriture de Jeanne Benameur a la beauté de la langue vraie pour dire le monde d'aujourd'hui, une sensibilité immense qui fait ressentir chaque situation, chaque sensation, chaque questionnement. A lire de toute urgence, une fois, deux fois .... jusqu'à s'emplir de la musique de ce trio, celle qu'il joue, celle qu'elle créée en nous.

Hélène Camus, Combourg

Publié dans #Coup de coeur

Publié le 6 Février 2015

Une grâce d’écriture

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Léonor de Récondo nous offre un merveilleux roman en cette rentrée littéraire de janvier 2015. Une scène initiale fulgurante, l’émotion terrible qu’elle induit chez le lecteur, et le ton est donné. Les mots sont beaux et simples, les phrases s’enchaînent au plus vrai, et Céleste, la petite bonne de cette famille bourgeoise de la Creuse nous devient précieuse. Victoire sa maîtresse devra nous conquérir et Anselme, son notaire de mari, nous insupportera, mais c’est Adrien qui nous fera partager ces amours magnifiques que tisseront ces deux femmes, riches de leurs différences. L’histoire est belle, prégnante, forte de cette indignité petite-bourgeoise qui perdurait au siècle dernier. Le lecteur chemine d’un trait jusqu’à l’inéluctable, porté par une écriture belle et sensible.

Hélène Camus, Combourg

Publié dans #Coup de coeur

Publié le 6 Février 2015

La maison et la petite fille

Deux mots associés qui s’opposent, la maison et la guerre, et c’est tout l’univers de la petite Marie qui se révèle ainsi. Tout commence par un jeu, celui de l’adulte qui se raconte son enfance, tutoyant la petite fille qu’elle était pour mieux s’imprégner de ses souvenirs ; elle se promène en imagination dans cette maison aux toits rouges, aux roses jaunes, aux parfums d’antan où elle a passé une année pendant la guerre, confiée par sa mère à de vieilles parentes, sans explication aucune, sans indication de temps. Alors retrouver les pièces les unes après les autres comme si le lecteur l’accompagnait pour visiter cette maison lui permet d’évoquer ces quatre saisons qui conduiront Marie à comprendre lentement, inexorablement l’impensable. Les échos du monde que l’enfant perçoit au travers des propos qui échappent aux adultes qui l’entourent, leurs silences aussi, la radio qui diffuse soir après soir des nouvelles incompréhensibles pour l’enfant de quatre ans, mais dont certains mots feront sens petit à petit, tout ce bruissement du réel heureusement compensé par les découvertes sensuelles de cette maison qui se fait monde, imprégneront la mémoire de Marie, comme un temps dilaté qui occupera toute sa vie. L’adulte qu’elle est devenue reviendra à la fin du livre livrer au lecteur la version rationnelle de cette histoire, terriblement banale en ces années de guerre, mais l’imaginaire bouleversant de l’enfant continuera à sous tendre la vie de cette femme qu’elle est devenue. Marie Sizun nous donne à lire et comprendre une période terrible de notre histoire par le prisme de l’imaginaire d’une l’enfant. Les impressions sensuelles qu’elle écrit dans une langue si poétique et si juste font écho à nos propres souvenirs d’enfance, dans l’émerveillement des découvertes et des souvenirs de chacun. Un si grand plaisir à vous lire, Madame.

Hélène Camus, Combourg

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Publié le 28 Août 2014

Une constellation de phénomènes vitaux, de Anthony Marra, Ed. Lattes 2014, 22 €

la Tchétchénie est en guerre contre la Russie. Le pays est exsangue, son peuple abandonné et martyrisé.

Haava, 8 ans, se cache le jour où son père est emmené par les soldats russes. Akhmed, un voisin va la protéger et cherche pour cela refuge dans un hôpital où seule, une jeune chirurgienne russe, Sonja, est restée pour s’occuper des malades. Celle-ci, exténuée, déjà insuffisante pour soigner les blessés qui arrivent à l’hôpital refusera d’abord de les accueillir, puis cèdera, pour quelques jours, contre la présence d’Akhmed, médecin peu compétent, mais qui peut malgré tout l’aider.

Durant 5 jours, ces trois personnage vont se rejeter, s’entraider, se découvrir. Leur destin est lié, et leur vie ne sera plus jamais la même, mais il faudra avancer dans cette histoire magnifiquement construite pour comprendre que leur destin était lié bien avant cette rencontre.

Un premier roman poignant, étonnant de maitrise, qu’on ne referme pas facilement.

Une belle découverte !

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Publié le 22 Août 2014

Rentrée littéraire : Premier coup de cœur  !

~~Le règne du vivant, de Alice Ferney, Actes Sud Ed. , 19 €

Un journaliste norvégien embarque avec des militants s’opposant à la pèche illégale en zone protégée et en zone internationale où nul règle n’est respectée. A leur tête, Magnus Wallace, écologiste charismatique et radical qui engage sa vie à la défense du monde marin.

Roman choc, puissant, bouleversant, nécessaire, pour rappeler que l’homme est le plus grand prédateur et destructeur de notre planète.

Publié dans #Coup de coeur

Publié le 22 Mai 2014

Dans l'enfer des talibans

Kaboul, mai 2000, 4 ans après l’installation des talibans au pouvoir.

Une jeune afghane, Rukhsana, continue malgré l’interdiction, son travail de journaliste, anonymement, clandestinement, et chaque jour craint pour sa vie, et celle de sa famille. La volonté du gouvernement islamique de promouvoir la pratique du cricket à fin d’améliorer l’image de l’Afghanistan, et la promesse pour l’équipe gagnante de se former au Pakistan, lui fait entrevoir l’espoir pour elle, son jeune frère, ses cousins, de s’enfuir de son pays.

Pour cet avenir qu’elle entrevoit, pour leur liberté, elle sera prête à toutes les imprudences, y compris celle de se déguiser en homme (un crime qui peut la conduire à la mort) pour former avec eux une équipe.

Partant d’un fait réel (l’autorisation de la pratique du cricket par les talibans), l’auteur mixe le portrait d’une jeune femme courageuse, refusant une vie sans espoir, et la répression, la violence quotidienne aux pires heures de la domination des talibans.

Un roman, certes, mais aussi un témoignage fort sur cette période !

Le cricket club des talibans, de Timeri N. Murari, ed. Mercure de France, 25,80 €

Publié dans #Coup de coeur

Publié le 22 Mai 2014

Une idée pour la fête des mères !

Portrait sensible d’un homme qui n’aspirait qu’à retrouver, pour lui et ses fils, le bonheur et d’une femme à la fois lumineuse, aimante et destructrice. Par refus des conflits, il subira jusqu’à atteindre le point de rupture. Un homme fragile, taiseux, incapable d’exprimer ses sentiments, mais profondément humain. Un beau roman qui nous embarque comme les couleurs et parfums de l’ile de Ré.

Chevrotine, de Eric Fottorino, ed. Gallimard, 18,50 €

Publié dans #Coup de coeur

Publié le 14 Février 2014

Petite sélection subjective pour un mois de Février pluvieux

Quittez bottes et ciré et installez vous au coin du feu. Dans le panier :

~~Quatre murs, de Kathévane Davrichewy, Editions Sabine Wespieser, 18 €

L’histoire commence avec le déménagement puis la vente de la maison familiale, devenue trop grande pour leur mère. Les quatre frères et sœurs, adultes, s’y retrouvent une dernière fois, si proche et si lointains les uns des autres. A quel moment s’est fait la rupture ? Pourquoi et comment se sont il éloignés, eux si proches durant leur enfance ? Deux ans après, sur l’insistance de leur mère, ils se retrouvent lors d’un séjour dans une ile grecque, dans la maison de l’ainé, Saul, qui y vit désormais. Après un court prologue, à tour de rôle, dans un chapitre propre pour Saul l’ainé, puis Hélène, dans un chapitre commun pour les deux jumeaux Elias et Réna ; chacun évoquera l'enfance, leurs relations et leurs fêlures, ce père dont le deuil n’est pas totalement fait, l’accident de voiture dont Réna, la plus jeune sort handicapée, les malentendus et les non dits qui les ont éloignés. Dans ce beau roman, Kathévane Davrichewy dissèque avec beaucoup de justesse et de sensibilité les relations de la fratrie, et montre, comme dans son précédent roman « Les séparées », toujours chez S Weispieser Editions, que devenir soi au sortir de l’enfance ne peut se faire sans pertes.

~~Carnet du Pérou, sur la route de Cuzco, de Fabcaro, Editions six pieds sous terre, 13 €

Voilà un livre pour le moins surprenant ; une BD ? Un carnet de voyage ? Oui, les deux à la fois. Fabcaro, auteur de BD humoristique nous invite ici à le suivre lors d’un court séjour au Pérou, réalisé, si si ! Il nous l’assure, en 2012. Au fil du récit, dans le pur style carnet de voyage, il croque, les villes, les rencontres, les couleurs et odeurs des marchés, le sourire d’une vielle femme, les jeux des enfants…. Il semble se déplacer au gré du vent, ou plutôt des bus et trains, toujours prêt à se laisser surprendre. Les dessins au crayon et pinceau, noirs et bleus sont superbes. Mais le principal semble être ailleurs, ce récit va être régulièrement interrompu, l’auteur s’interpelle, s’interroge, sur le voyage (l’a t-il réellement fait ?), sur ce choix de carnet (une première pour lui), nous offre quelques savoureuses digressions (retour au style BD !) et réflexions sur son enfance, son parcours artistique, avec humour, et souvent de façon décalée et loufoque. Si vous aimez le Pérou et ses lamas (avec ou sans peau de banane), découvrir la recette d’un confortable voyage en bus sans être malade, et partager le questionnement d’un auteur à l’approche de la quarantaine, alors n’hésitez pas !

~~Cassée, de Frédérique Deghelt, Editions Actes sud Junior, 9 €

Lily a 14 ans, quand une chute de cheval en vacances entraine une fracture de l’épaule gauche. La voici hospitalisée, douloureuse, ses vacances avec des amis interrompues. De retour en famille, entre sa mère qui l’incite à positiver et son jeune frère handicapé depuis sa naissance, Lily devra apprendre à supporter la dépendance et la frustration de vacances gâchées. Grâce à l’amour de ce jeune frère, à sa joie de vivre, Lily traversera ces quelques semaines d’immobilisation et en ressortira différente, plus patiente et plus sage. Une évocation sensible d’une adolescence impatiente, du handicap et de l’amour fraternel.

Dans la collection « d’une seule voix », chez actes sud junior, qui présente des textes courts, presque une nouvelle, pour les 14 ans et +

~~Nuage, le bois sacré, de Christian Peultier, Editions Physalis, 13,50 €

Deuxième tome de Nuage, petite africaine, née blanche, les cheveux roux. Dans le tome 1, « un don de la nature », Nuage et sa mère sont chassées de leur village, de peur d’attirer la malédiction des dieux. La petite fille grandit en ville, rejetée, à l’écart des autres enfants. La petite fille solitaire, se découvrira en grandissant le don particulier de communiquer avec les animaux. Ce don va lui permettre lors d’un incendie de brousse de sauver un petit groupe d’hommes et d’animaux, lui permettant ainsi de se faire accepter.

Dans ce tome 2, Nuage est enlevée et conduite dans une tribu survivant difficilement à une grande sécheresse. Grace à l’observation d’animaux, Nuage trouvera une autre source d’eau. Pour la remercier, la tribu lui proposera de devenir l’une des leurs, en participant à un rituel d’initiations avec d’autres jeunes filles du village.

N’attendez pas de ces deux BD un grand récit d’aventure, mais laissez vous porter par ces deux histoires toutes douces, telle un conte, joliment illustrée par des aquarelles de terres africaines, déclinant toute la palette de teintes chaudes, des ocres et des verts. Dans ces BD à destination des enfants, le mot albinos ne sera jamais cité et la petite Nuage arrivera au fil de ses deux histoires à se faire accepter. Mais cette histoire permettra sans doute d’évoquer la problématique des albinos en Afrique, exclus, persécutés et parfois tués, ou plus généralement la notion de différence qui peut se transformer en force.

~~Gipsy, de MF Chevron et M Magnan, Editions Courtes et longues, 22 € Un bel hymne à la liberté ! Porté par un beau texte poétique de Marie-France Chevron et les superbes illustrations à la mine et crayons de couleur sur fond de lavis et encres, de Mathilde Magnan.

Gipsy, une petite pie, tombe de son nid par un jour de grand vent. Elle va recueillie, soignée et adoptée par Manu et sa famille nomade. Avec eux, elle va parcourir le monde et se nourrir de cette liberté. « Moi, mon nid, c’est ma roulotte. Mon nid, c’est les bras de Manu. Mon nid ; c’est le cou et les cheveux de Luna. Mon nid, c’est le voyage… c’est le vent dans mes plumes. » Dès 4 ans

Publié dans #Coup de coeur